Il a parlé hier.

J’ai écouté les informations ce matin.

M’est revenue cette histoire ancienne dont je ne suis pas très fière. C’est sans doute pour cela que c’est resté ancré en moi.

Je redoublais ma terminale après avoir échoué assez lamentablement au bac. J’étais remplie de colère et de tristesse, ce qui se rejoint parfois. Séparée de mes amis, je retournais au lycée avec le vague à l’âme. Je répondais à l’injonction de mon père et à cette époque-là, je ne pouvais pas entendre que c’était pour mieux préparer mon avenir. Moi, je ne voyais que l’ici et maintenant, ce qui est le propre de la jeunesse. L’expérience vécue par l’homme qui m’avait donné la vie n’avait aucun crédit à mes yeux… Clin d’œil à Confucius !

J’intégrais donc une classe dans laquelle le proviseur sans doute, avait approuvé le choix d’y placer une dizaine de redoublants, à peu près le tiers de l’effectif. Nous étions tous assis en ligne au fond de la salle, prêts à l’attaque, prêts à mordre.

Et c’est une jeune professeure qui en a fait les frais. Elle n’était pas beaucoup plus âgée que nous et elle venait, fraîche et enthousiaste, partager sa passion de l’Histoire-Géographie.

C’était un délice pour nous ! Nous avons fait trois bouchées de son innocence et de sa candeur. Nous ne profitions pas de ces heures pour rattraper les lacunes dont nous n’avions même pas conscience. Non, nous nous exercions à parfaire nos techniques de chahut. Je ne sais même pas si les deux premiers rangs pouvaient entendre le cours.

Cette jeune femme était adorable avec nous. Elle entendait sans doute que nos comportements étaient un langage et tentait d’entendre ce que nous ne disions pas. Cependant, elle avait elle aussi une lacune : elle voulait être aimée. Et ce besoin déplacé lui faisait oublier qu’elle était aussi là pour nous faire respecter le cadre et donc, la discipline.

Elle a eu la bonté d’organiser une heure d’échanges et nous a demandé d’exprimer ce qui pourrait rendre ses cours plus attractifs pour nous. Je ne me souviens pas que nous ayons fait des propositions… des critiques et des plaintes, oui, et nous avons surtout déployer tout notre savoir-faire pour la faire tourner un peu plus en bourrique.

Le débat était proposé. Nous avons jugé, ironisé, critiqué. Bref, nous avons tout gâché. Et après cette heure mémorable, nos comportements chahuteurs n’ont fait que redoubler, comme nous ! Nous avons poussé notre provocation dans nos gestes, notre brusquerie, allant jusqu’à renverser les tables et la faire pleurer.

Oui, elle a craqué.

On avait gagné.

On se trompait juste de cible. En tout cas, c’est mon cas. J’avais trouvé plus faible que moi. Je pouvais tout à coup me venger de toutes mes frustrations. Quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, elle n’avait aucune chance parce que son besoin d’approbation était trop fort. Elle croyait bien faire et cela a déclenché le pire.

S’il y en a une qui était légitime, c’était elle… Elle avait franchi les étapes qui lui permettaient de transmettre. Nous, nous lui faisions avaler les couleuvres que nous avions nous-mêmes avalées dans des circonstances diverses et variées mais sans aucun rapport avec elle ni avec la situation présente.

C’était dans les années 80.

Cela faisait déjà quelques temps que les désirs prenaient le pas sur les besoins.

Voilà ce qui m’est revenu ce matin en écoutant les commentaires des journalistes et des opposants systématiques sur les propositions de notre chef d’Etat.

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