Où place-t-on aujourd’hui le curseur de notre sensibilité ? Qu’est-ce qui nous émeut ? Qu’est-ce qui nous touche ? Qu’est-ce qui nous rend triste ? Voilà mon interrogation en ce début de week-end, premier jour de vacances scolaires pour quelques régions françaises…
Certains ragent de ne pouvoir remplir le coffre de leur voiture pour partir en vacances. L’Etat multiplie les contrôles de police afin de s’assurer que les règles du confinement sont bien respectées. Et c’est à coup de billets de 100 que le rappel à la loi est posé. Oui, parce qu’aujourd’hui, tous les problèmes de la planète sont traités sous le prisme de l’argent.
D’autres soupirent déjà à l’idée de devoir supporter leurs enfants en ces deux semaines de congés. Les petits et les ados ne seront plus cadrés ni occupés par leurs devoirs quotidiens… Ces parents devront devenir parents à temps plein, sans pouvoir les envoyer ailleurs… dans la famille ou en colo. Ils vont être amenés à conjuguer leurs multiples dimensions sans porte de sortie possible et ils fatiguent déjà.
Mais qu’en est-il de leurs émotions lorsqu’ils apprennent que leurs voisins sont touchés par le Covid19, lorsqu’ils entendent ce que vivent les soignants, lorsqu’ils découvrent la liste des victimes de cette infection mondiale ?
Nombreux sont ceux qui pleurent devant des séries télévisées ou des films à l’eau de rose tout en réussissant à dîner en regardant des milliers de migrants prêts à risquer leurs vies pour atteindre une autre terre, une terre fantasmée tant leur quotidien devient insupportable, en regardant des images de guerre, la misère humaine et j’en passe… Le steak frites est avalé de concert avec les horreurs de ce monde. Mais ce monde paraît tellement loin ! Il en devient presque irréel. Une confusion entre l’imaginaire et la réalité s’opère, tranquillement, mais sûrement… Le ventre des nantis se remplit du malheur des autres et sans indigestion, sans discernement.
Quid de notre sensibilité ? A quel moment s’est-elle égarée ? Est-ce la multitude des sources d’informations qui a rendu les âmes insensibles ? Est-ce le petit écran qui a étouffé la compassion ? Qu’est-ce qui a fait disparaître toute échelle de ce qui peut être normal et ce qui ne devrait pas l’être ? A quel moment la frontière entre l’admissible et l’inadmissible a-t-elle commencé à fondre ?
Je me questionne…
Je me demande si tout cela n’est pas apparu lorsque l’Homme a commencé à s’éloigner de bien plus grand que lui, lorsque son mental a pris le pas sur son cœur, lorsqu’il a entrepris de vouloir tout rationnaliser, tout expliquer, pensant tout comprendre et tout dominer. Sa foi a muté. Je crois qu’il est passé de la foi en une énergie supérieure à une foi bien nombriliste. À la poubelle la spiritualité ! Tout cela n’est que balivernes ! Tout devient un fait, un constat, une équation à résoudre.
Je me demande si tout cela n’est pas apparu lorsque le confort matériel est devenu la norme. L’autre ? Pff… il prend la seconde place. Pour moi, tout va bien. J’ai à manger, je vis au chaud et je peux regarder le nécessiteux de mon balcon, sans m’émouvoir plus que ça…
Puis un jour, Coco débarque ! Bon… ma théorie peut encore être valable tant qu’il ne s’approche pas trop près… Mais quand je sens le vent tourner, que se passe-t-il ? Oui, ma sensibilité peut se réveiller d’un coup. Mais est-ce vis-à-vis de ce que peut vivre l’autre ? Ou est-ce seulement la peur que cela me touche personnellement ?
Je garde espoir. Je rêve qu’elle se réveille, tout simplement, sans calculs en arrière-plan… Elle est le signe du vivant…

Anne Weyer

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