De quoi les pays riches sont-ils riches ? 

Hier, des hommes ont traversé l’Atlantique à la conquête d’un nouveau monde. Au risque de leurs vies, ils ont rempli leurs baluchons de quelques effets personnels puis ont accosté sur une contrée inconnue. 

Ils ont armé leurs fusils, monté leurs chevaux et, hurlant leur victoire, ils ont éjecté, loin des territoires qui les intéressaient, ceux qui étaient là avant eux. Ils leur ont volé dans les plumes, devenant des criminels assermentés. Ils se sont organisés pour rendre leurs chasses plus efficaces. 

Ils ont violé des femmes, attirés par leurs peaux cuivrées. Ils ont coupé des têtes, transpercé des corps. Ils ont terminé leur travail en alcoolisant les plus résistants. Ils leur ont généreusement octroyé ce qu’ils ont nommé des réserves. 

Puis, pour achever leur massacre, et finir de les empoisonner avec leur vision du monde, ils ont mis des portes d’entrée aux territoires qu’ils leur ont accordés. Ils les ont autorisés à faire payer un droit d’entrée aux visiteurs, moyennant un pourcentage reversé. En d’autres termes, ils en ont fait des bêtes de zoo. 

L’affaire était réglée. Ces attaquants appelés conquérants sont les ancêtres des dirigeants d’aujourd’hui, ceux-là même qui construisent des murs de plus en plus hauts, à l’image de la puissance qu’ils se croient détenir. 

Ils savent pourtant que les tours peuvent être fragiles… Mais les mémoires sont souvent courtes et l’argent n’a pas d’odeur. 

Les massacreurs et leurs progénitures ont bâti puis fait prospérer un monde qui brille. Mais pour qui brille-t-il ? On est chacun l’indien de quelqu’un… 

Les financiers et leurs acolytes les technocrates, les champions du monde moderne, les rois de notre époque, ont rempli leurs poches, se moquant et ironisant sur les Nations qui se préoccupent du social… Celles-ci ont quand même marché dans les traces des meneurs, tanguant entre la déraison de l’argent et la raison du cœur. Ils ont tenu bon sur de grands principes et Dieu merci ! 

« Quand on veut on peut », « Il suffit de se remuer et ça le fait », « Se prendre en main, demain vous appartient », sont devenus des slogans de vainqueurs. 

« Marche ou crève », c’est pour aujourd’hui… Ils vont pouvoir continuer leurs refrains de donneurs de leçons, ceux que l’on nommera peut-être les rescapés de la crise mondiale. 

Il a suffi d’un petit virus, un tout petit virus pour que les châteaux de cartes s’écroulent… mais pas pour tous, parce que les nantis peuvent encore sauver leurs peaux… Ils licencient à tour de bras leurs employés et cela, sans indemnités. Ils ne sont pas tombés dans le piège de la solidarité, pas comme certains… Ils tentent de fuir le pays pour se mettre à l’abri. Leur mémoire ancestrale se souvient de quoi l’homme est capable. Ils s’organisent entre eux, font leur petite cuisine sans personnel ou avant tout personnelle… 

Du jour au lendemain, c’est la vie toute entière des petites gens qui s’écroule… Au meilleur des cas, ils bénéficient de deux semaines pour se retourner, réunir leurs affaires, boucler leurs cartons et se retrouver dans un chez eux qui ne leur appartient pas et dont ils ne peuvent plus payer le loyer. En 

début de mois, ils fouillaient dans leurs poches afin de sortir quelques billets pour s’offrir le repas du soir. Quinze jours plus tard, ils volent dans les étals pour pouvoir manger. 

Le rêve a bien tourné au cauchemar… 

Il reste peut-être encore quelques places dans les réserves… peut-être… 

Ces êtres, hier éjectés parce que gênant dans la construction d’un empire, ont-ils, eux aussi, de la mémoire ? Sont-ils complétement déformés par la modernité qui leur a été imposée à coups de fusil ou d’alcool fort, ou leur reste-t-il un morceau de leur âme ? 

Qui porte la sagesse ? Qui porte la raison ? 

Penser à eux me déchire le cœur… 

L’humanité n’est que notre propre reflet… Je hais cette partie de moi que je vois chez l’autre… 

Je ne suis pas fière en assistant à ce spectacle apocalyptique… 

J’ai du travail sur la planche… 

Accueillir le pire en moi et cela avec amour pour trouver le juste Chemin. 

Le principe du balancier est perpétuel… Il cherche son équilibre et pour cela, visite les excès, d’un côté puis de l’autre. C’est inéluctable… La vie est ainsi faite, même dans les pays qui se croient riches… 

Anne Weyer

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