Notre société moderne et dite évoluée est envahie par des calculs en tout genre. D’ailleurs, tout se calcule je crois… Hier, les mathématiques, la philosophie et la spiritualité se tenaient la main. Aujourd’hui, la réflexion s’est trop souvent réduite à la première discipline énoncée ci-dessus. Les mathématiques deviennent la discipline ! Ils ont changé d’allier et lui ont préféré la gestion. A eux deux, quel duo d’enfer ! Quel duo qui mène à l’enfer, devrais-je dire… 

Ce matin, je me sens chagrin. 

Après avoir entendu ce qui se vivait aux Etats-Unis, l’entassement des corps à certains endroits de New-York, les larmes me sont montées et en couchant ces mots, elles reviennent couler sur mon visage… New-York… Cet emblème du monde moderne ! Ayant foulé les trottoirs de cette mégapole aux côtés de ma fille, des images me reviennent mais ne réussissent pas à rester. Elles sont balayées par l’horreur imaginée… Je ne peux m’empêcher de visualiser ces êtres traités comme les sacs de draps sales au pied des hôtels, chaque matin, après le départ des touristes… Aujourd’hui, plus de touristes, plus d’effervescence. Seules persistent les sirènes qui annoncent l’étouffement et peut-être le souffle dernier de la personne couchée dans le camion. Ils compteront leurs morts après le départ de Coco. Ils sont dépassés par les calculs à faire, ils n’arrivent plus à gérer… Comme quoi, tout est possible… 

Puis, après ce cauchemar présenté, ils abordent, entre deux autres infos, la discrimination opérée dans les hôpitaux français. Je la connaissais celle-ci. Mon cher papa m’en avait parlé en m’exprimant qu’ils faisaient partie, lui et sa femme, de ceux qui ne seraient même pas admis à l’hôpital si toutefois ils étaient atteints par ce virus galopant… Trop vieux, bons à mourir. Il exprimait sa rage qui sentait le désespoir. Je l’ai écouté, le cœur serré, tentant comme je pouvais de l’apaiser… 

Ce matin, devant mon clavier, je me sens mal. 

Le milieu hospitalier, service qui se doit d’être public par excellence, est depuis de nombreuses années, géré par des gestionnaires… Quoi de plus normal me direz-vous ? Que des gestionnaires gèrent… En effet… Sauf que… 

Sauf que ces gestionnaires sortent des grandes écoles et n’ont plus aucune notion de ce qui se vit dans le milieu médical. Ils gèrent des lits, comme ils disent, ils gèrent des pions, il s’agit là des soignants, comme ils gèreraient des boîtes de petits pois. Ils construisent des tableaux qui permettent de mesurer la rentabilité des chambres d’hôpital, ils en sortent des courbes, organisent des réunions fumeuses et opèrent des tris. Hier, le tri se limitait aux établissements et certes, aussi au personnel. Ce n’était que l’annonce de ce qui se vit aujourd’hui. Certains l’ont entendu, en avaient conscience, d’autres l’ont même crié. Ils ont levé des barricades, tendu des bannières, alerté la population. Puis ils se sont fatigués face à plus gros qu’eux… Ils ont gagné deux ou trois bricoles puis sont repartis travailler. Parce que chez ces gens-là, il y a un sens du devoir… 

Et aujourd’hui, la conséquence de cette gestion à tout va, a bien porté ses fruits. Les contaminés subissent un questionnaire. Et, en fonction de leur âge, ils sont pris en charge ou pas par le milieu médical. En effet, on ne s’occupe plus d’êtres humains, on gère des potentiels, et cela en s’appuyant sur des ratios. 

N’importe quel calculateur est en mesure de vous dire combien coûte à la société, un jeune de vingt ans, combien il est censé rapporter. Puis, arrivé au mi-temps de sa vie, combien il risque de coûter en fonction de sa manière de vivre. Cela permet, en passant, de fixer des tarifs d’assurances et de 

mutuelles, d’accorder ou pas des prêts bancaires. Quand cette personne atteint les soixante ans, elle commence presque à coûter aussi cher qu’à vingt ans, mais ce montant est à rapprocher de ce qu’elle a rapporté en travaillant x années. Alors, quand elle en a quatre-vingts, je ne vous dis pas ! Quel poids mort pour des gestionnaires hors-pair. Alors… autant les laisser mourir… Ils feront le bilan après ! 

Voilà, voilà où nous en sommes à force de calculs. Les pro de la statistique pourraient rétorquer que la situation actuelle est exceptionnelle et que, selon les prévisions et les indicateurs, les choix hautement réfléchis étaient judicieux. En effet, le manque de matériel de réanimation ne vaut que pour ce pic du printemps 2020. Cela n’a rien à voir avec des choix financiers… 

Certainement… Quand on n’est pas animé par le cœur, toutes les décisions prises avec une machine à calculer sont judicieuses. Elles se vendent à coups d’arguments bien construits. La logique et le rationnel sont implacables. 

Et c’est ainsi qu’on trie les humains et qu’on abandonne ceux qui nous précèdent. On sacrifie nos ascendants. De toute façon, à quoi servent-ils, s’ils ne sont plus rentables ? Aujourd’hui, on en arrive à créer des animaux difformes pour qu’ils le soient, alors pourquoi pas supprimer les humains qui ne rapportent pas d’argent ? 

Cette démarche est réellement machiavélique. Les gestionnaires, derrière leurs écrans, affinent leurs calculs. Pas de problème puisque c’est aux êtres qui ont prêté serment et à ceux qui se sont engagés à prendre soin de l’autre, qu’on demande d’opérer le tri dicté par des calculateurs. N’approche-t-on pas de la torture morale ? Demander à un soignant de choisir le patient qu’il va tenter de soigner ? 

Grâce à la gestion, nous avons muté. Nous sommes devenus des numéros avant d’être des humains. 

Quel carnage ! J’en ai la nausée… 

Messieurs les calculateurs, les technocrates, les gestionnaires, Messieurs, avez-vous une mère, un père ? Avez-vous des enfants ? Etes-vous vraiment vivants ? Avez-vous un cœur ? J’imagine que oui… Alors, s’il vous plaît, sortez de la prison dans laquelle vous vous êtes enfermés, adoucissez vos propos, contactez votre âme, réhumanisez-vous… 

Respectez-nous… 

Anne Weyer 

1 Comment

  • Bonsoir Anne,
    Ce soir, en te lisant, il m’est venu cette évidence… celle d’être un bout du relais.
    Tes mises en mots écrites par ta jolie plume n’enlèvent rien à ces constats amers mais elles sont toujours accompagnées d’une invitation aux éveils de conscience… tu sèmes ici et là des graines et je n’ai qu’un vœux à formuler ce soir, c’est de voir fleurir ces cœurs de conscience partout dans le monde ! Je partage !
    Belle bise Anne et un Grand merci pour tes mises en mots que je lis toujours avec autant de plaisir.
    Adélaïde

    Adélaïde
    Posted 10 avril 2020 at 21 h 49 min

Je vous invite à partager un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.