Média_Texte_Nuria

Nuria

Elle est fille d’immigrés. Ses grands-parents ruinés avaient chargé leur mule des effets personnels qu’ils avaient conservés puis passé la frontière une nuit de juillet. Un an de guerre civile, c’était bien trop pour eux. Ils ont beaucoup perdu et surtout des amis. Josefa avait dit : « Je t’en prie Alfonso, emmène-nous loin d’ici ! ». Alors ils ont marché, devant porter parfois leurs enfants fatigués.
Ils se sont installés dans une ville de province. Des voisins avaient dit : « Allez à Perpignan, on y a des cousins ». Josefa avait glissé le papier dans son vieux soutien-gorge parce qu’il était précieux. Une ancre où s’amarrer, comme un but où aller. Non ces gens-là ne fuient pas. Ces gens-là se projettent.
Ils ont trouvé logis dans un triste foyer. Puis ils se sont calmés. Ils ont pu se poser. Alfonso, très très vite, est devenu maçon. Pas de souci en ce temps là pour trouver un boulot. Et pas le choix non plus. Les aides n’existaient pas. Un soutien de famille n’était jamais soutenu. Josefa à son tour, s’était mise à bosser. Elle devint femme de chambre dans un hôtel du coin. Pour l’appeler, son patron la sifflait. Jamais de remerciements, pas de bonjour non plus, au revoir n’en parlons pas. Juste quelques remarques, acerbes de préférence. Josefa ne disait rien. Elle comprenait à peine les mots qu’il lui lançait. Elle sentait juste l’odeur de la pure humiliation. Elle subissait, c’est tout. Rentrant chez elle le soir, usée, le dos cassé, elle avait le sourire. Elle retrouvait les siens, bien vivants et entiers. Quelques mois plus tard, à force de travail et puis d’économies, remplissant des papiers pour fournir un dossier, ils ont pu obtenir un deux pièces humide au fond d’une petite cour. Pas tout à fait le luxe mais c’était leur château. Leurs voisins tout comme eux étaient des immigrés.
Marta et Ernesto, leurs deux enfants chéris, sont allés à l’école. Ils seraient leur fierté. Les parents n’ont jamais soupçonné combien ils souffraient de tous les noms d’oiseaux à eux seuls destinés. « Bourricot, tête de nègre, bas les pattes tu pues, et en plus tu déteins, me parle pas, dégage de là castagnette ! ll est où ton taureau ? » Les aigreurs d’enfants ne passaient pas la porte ou elles restaient planquées au fond de leur cartable pour ressortir la nuit en mille larmes versées sur leurs taies d’oreiller. Marta et Ernesto observaient leurs parents et s’étaient bien promis de ne rien ajouter à leur peine et de se montrer heureux de vivre à Perpignan. Ils leur apprenaient tous les mots importants de la langue française, leur faisaient la lecture, faisaient le secrétariat. On peut le dire ainsi. Est-ce cela qui avait orienté le choix de la belle Marta ?
Les années ont passé. Josefa et Alfonso ont acheté un terrain. Tout le temps libre glané était devenu chantier. Les enfants ont grandi. Puis Marta est partie. Devenue secrétaire, elle était embauchée aux Ets Monguier. Et c’est dans cette usine qu’elle a connu André. Il était ouvrier, sérieux et travailleur. Ce fut très compliqué de se faire accepter par les parents de cet homme. Marta était patiente, discrète, plutôt servile. Elle n’a jamais bronché, ne s’est pas révoltée. Alors au fil du temps, elle a trouvé sa place. Puis une fille est née, déception de la famille. Nuria a poussé son premier cri une nuit de juillet. Marta a dû lutter pour imposer ce prénom en mémoire d’une ancêtre morte bien avant le départ pour la France. Sa belle-mère a cédé à une seule condition : Martine en second prénom.
Nuria a 35 ans et Nuria s’agace. Elle s’agace face aux riches, aux nantis, aux pédants. Il faut la retenir pour qu’elle ne bondisse pas au moindre signe luxueux. Lorsqu’elle voit un diamant au doigt d’une jolie dame, elle a le propos aigre et le verbe cinglant. Si elle entend quelqu’un se vanter un p’tit peu, elle l’écrase d’un jet de haine immaitrisable. Si toutefois elle reçoit ce qu’elle juge humiliant, elle s’étouffe de colère, devient rouge écarlate. Il faudra à cette femme revisiter l’histoire et celle de ses ancêtres pour accepter autrui tel qu’il ose se montrer et pour s’autoriser à s’apaiser un peu…


ANNE WEYER 

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