Média_Texte_Ils s’aiment à coups de mots toxiques

Ils s’aiment à coups de mots toxiques

Ils se retrouvent dans le Sud de la France, rendez-vous annuel. Les sourires affichés sur leurs visages montrent combien ces quatre-là sont heureux d’être ensemble. Ce couple a l’âge auquel le départ des enfants vient bousculer les habitudes et les schémas bâtis tout au long des 20 années vécues ensemble : des rituels, des réflexes, des dynamiques, des choses à dire et à faire, de la vie à tous les étages.
Aujourd’hui, les deux jeunes qu’ils ont engendrés sont prêts pour le départ du nid. Que dis-je ? L’ainé est déjà autonome. Il a quitté le foyer cette année. La plus jeune est à la porte des études supérieures, ayant obtenu l’examen de passage haut la main, des notes excellentes. Elle semble faire partie de ces enfants qui excellent à l’école pour éviter finement que ses parents soient convoqués au lycée. Ne pas montrer, ne pas se montrer. Son corps le fait assez pour elle. Elle est enveloppée de tant de rondeurs qu’il est impossible de pénétrer ce qui habite son cœur. Tout est bien planqué, protégé, tu.
Cet été est un cadeau pour ces deux parents presque définitivement orphelins d’enfants. Les journées coulent tels un paradis. Retrouver les rires, les échanges et tant de violences verbales que seul une oreille avisée semble entendre. Car oui, la violence relationnelle est quotidienne dans grand nombre de foyers, elle est normale, banale et tout cela au nom de l’amour…
Ils sont face à face et s’envoient des injures qui les font s’esclaffer. Le vocabulaire est assez restreint mais l’essentiel est dit. « Viens avec moi dans la piscine ! » demande la fille à son frère. Cela pourrait paraître anodin si ce n’était suivi de ce mot d’amour : « Connard ». J’ai bien entendu. Le prénom de ce jeune homme n’est pas Konrad puisqu’il s’appelle Vivien. Alors ce frangin saute de tout son poids au milieu de l’eau, éclabousse par la même sa mère échouée sur une chaise longue. Elle sommeillait et est tout à coup sortie de son plaisir d’être entourée de ses rejetons. Elle lève la tête, ouvre un œil et balance : « Tu me fais chier ». La sœur de renchérir : « C’qu’il est con celui-là ! ». Alors le plaisantin pourvu aussi d’une langue bien pendue réplique : « Je vous emmerde, vos gueules les mouettes ! ». Le père, jusqu’ici observateur, rejoint ses morpions en s’appliquant à faire la même entrée que son ainé. Il éclate de rire en voyant sa femme soupirer. Cette dernière relève la tête et lance : « Vous avez trop picolé vous ce midi ! ». « Oh toi ta gueule, on a bu qu’une bouteille à trois, c’est que dalle ! ». La mère abdique et replonge dans sa rêverie. Se retrouvent face à face le père et ses enfants. S’ensuit un dialogue de haute voltige, des mots d’amour en rafale. Ils élisent le meilleur de la famille. La mère est toute de suite éliminée car les trois lascars semblent d’accord sur le fait que la plus chiante des quatre est celle qui ronfle sur sa chaise longue. La fille énonce qu’elle veut changer de famille car elle s’estime bien au-dessus des trois autres. Le père riposte qu’elle est effectivement la première, la première de la connerie ! Ce qui l’incite certainement à se mettre très près d’elle, trop près d’elle. La mère dort, le frère rigole. Il assiste à une relation qui sent l’interdit mais il ne le sait pas. Il a grandi au cœur des relations détraquées.
Chez ces gens-là, le jeu de la balle est particulièrement dynamique et fort mais ce sont les insultes qui fabriquent la balle. Leurs dos sont de ce fait un peu voutés mais la mère se charge de masser celui de son fils. Ils se cinglent de termes vachards. Ils se marrent de leurs injures. Ils semblent fiers de leurs violences. Puis, au bout de deux heures, ils repartent, les uns derrière les autres, les épaules et le cœur chargés de la confusion entre l’amour et la relation, servant à merveille ce vieil adage : « Qui aime bien châtie bien » tel qu’ils le comprennent et non dans son sens véritable.
Je rêve qu’un jour, la communication soit enseignée à l’école. L’amour ne serait plus confondu avec l’amour vache. Certes le mot n’est pas toujours aussi gras, il peut être beaucoup plus subtil mais il n’en reste pas moins tout aussi violent.
Et alors, quelle que soit la pratique, qu’en est-il de leurs pensées, de leurs sentiments, de leurs émotions lorsqu’ils se retrouvent à la porte du sommeil ? Que font-ils de tous ces poisons diffusés et reçus en pleine face ? Comment gèrent-ils leurs insultes respectives face aux êtres qui les entourent en dehors de leur cercle familial ? De quelles manières se les font-ils payer ou les font-ils payer à ceux qui n’y sont pour rien ? Est-ce par un mutisme boudeur ? par une insolence défensive ? par des sentiments enfermés ? par des peurs incontrôlées ? par des complexes monstrueux ? des cauchemars récurrents ? des attitudes hautaines les réparant de tant de coups bas accumulés ? par la manipulation opérée auprès des gens heureux ?
Les moyens sont nombreux au pays des malheureux.

ANNE WEYER 

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