Média_Texte_Et si Notre-Dame avait des choses à nous dire

Et si Notre-Dame avait des choses à nous dire…

Les larmes me montent. Je suis hébétée devant ce carnage aux 1000 couleurs de feu. Notre grande Dame s’enflamme. Comment est-ce possible ? Comment ?
Quelle est cette main funeste qui s’attaque à cet emblème, ce monument, ce chef d’œuvre ? A qui appartient-elle ?
Pourquoi maintenant ? Juste après le dimanche des Rameaux et à quelques jours de Pâques, une des fêtes les plus importantes des chrétiens…
Pourquoi ce jour-là ? Le jour présumé de l’allocution du Président de notre pays, allocution censée présenter ce que nos chères têtes pensantes prévoient pour le peuple aux abois.
Est-ce une négligence humaine ? Par trop sûr de lui, l’homme peut parfois devenir imprudent et bâcler son attention quitte à déclencher le pire.
Est-ce un acte volontaire ? Montrer que toute catastrophe peut être prise en mains, gérée, réparée ?
Est-ce un acte criminel ? de celui qui veut jeter aux yeux du Monde que rien n’est infaillible, que tout peut s’écrouler, tout peut disparaître ?
Est-ce la main de Dieu qui veut montrer à l’Homme ce dont il est capable ? Détruire ce qu’il a construit, enflammer et réduire en cendres ses créations les plus belles ?
Quoi qu’il en soit, l’enquête est formelle, nous sommes dans le registre de l’accidentel. Et quel accident ! Assister à l’écroulement de la Charpente de cette grande Dame, la plus visitée de Paris…
Les femmes et les hommes sortent de chez eux pour voir, photographier, inscrire dans leurs mémoires ces images splendides de leurs couleurs et horribles de leurs violences… Certains sortent pour prier et d’autres pour pleurer. L’humain peut ressentir une attirance pour le laid et l’épouvante… Qui n’a pas en elle ou en lui cette petite part morbide qui ne demande qu’à se réveiller et à se nourrir d’horreurs ? Ces images effrayantes viennent chatouiller les angoisses les plus profondes et comme ça fait du bien ! Avoir peur, c’est se sentir vivant ! La morne existence rythmée par le métro, le boulot, ou pas, par des écrans omniprésents et un dodo sous cachets pour beaucoup, ne stimule plus grand-chose… Alors, la frayeur a toute sa place pour créer de l’extraordinaire dans un quotidien si banal… « J’y étais ! J’étais là le jour où Notre Dame s’est embrasée ! »
Orléans simule l’embrasement des tours de sa cathédrale le 7 mai de chaque année et Paris l’a fait !
Et pendant ce temps, des centaines de pompiers s’affairent. Des heures durant, ils tentent de maîtriser ce qui semble immaitrisable et qu’ils arrivent quand même à calmer ! Bravo à ces hommes de bravoure… Ce matin, ils sont encensés. Grâce à eux, les flammes se sont éteintes, chacune à leur tour…
Et lorsque l’on entre dans ce qu’il reste de cette majestueuse Cathédrale, la grande croix d’or scintille de ses milles feux au milieu du brasier. Comme par insolence, elle envoie un message à chaque être rentrant : je suis là, toujours là, j’ai résisté et je scintille au-delà du désastre…
Elle est une lumière d’espoir, un signe d’immortalité, un clin d’œil à la vie.
Au même moment, les hommes de pouvoir se réunissent ou se tirent la bourre… Tout dépend de quel pouvoir il s’agit, celui de la politique ou celui de l’argent.
Il y a ceux qui discourent et qui promettent la reconstruction alors que l’effondrement est toujours en cours… Ceux qui, par leur soif de faire, ne savent même plus respecter le temps du silence…
Puis il y a ceux qui entassent leurs richesses et qui, dans leur bonté d’âmes, annoncent des dons phénoménaux. A qui donnera le plus ! La surenchère est à son apogée. Tout à coup, le grand capital ne souffre plus. Il dégueule ses millions pour aider à reconstruire la cathédrale du petit peuple. Hier encore, ils clamaient haut et fort que leurs charges étaient bien trop élevées et les licenciements inévitables ! Aujourd’hui, ils lâchent leurs pièces d’or ! Y aurait-il anguille sous roche ? Négociation de marchés ? Qui sait ? Tout est possible chez ces grands hommes… même l’indécence.
Aujourd’hui, le moindre évènement devient une scène de théâtre. Les acteurs restent les mêmes et les scènes un peu aussi… La conjugaison des larmes et des sourires dépités…
Et qu’en dit la grande Dame ? Elle qui a perdu sa flèche, sa boussole, elle qui a perdu le Nord ? Serait-elle un peu comme nous ?



ANNE WEYER 

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