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Elle gronde

Elle gronde, elle est là, elle est noire et implacable. Elle pue le bitume frais. Elle avance doucement, mais sûrement. Elle est lente parce qu’elle est lourde, mais elle est aujourd’hui inéluctable à moins que certains aient le courage de quelques-uns de nos ancêtres.
Elle vient de loin et son poids lui donne de l’élan. Elle recouvre tout sur son passage. Elle étouffe la moindre herbe qui respire. Elle écrase la fleur qui sourit.
Rien ne doit dépasser et rien ne dépassera. C’est la règle. Et cette règle est là pour notre bien. D’ailleurs, la majorité du peuple la réclame parce qu’il a été bien préparé, moulé d’abord grâce au politiquement correct puis assaisonné à la pensée unique pour enfin être arrosé de peurs. Le cocktail gagnant !
Alors qu’on nous faisait croire que les bottes à clous arrivaient d’un côté, nous nous méfiions de la blonde et de ses acolytes, de la nièce et de ses potes. Nous les regardions, nous les méprisions, nous les diabolisions et disions : jamais ! Jamais plus ! Quels beaux innocents faisions-nous !
Surprise !
La vague est arrivée de là où on ne l’attendait pas et nous avons chacune et chacun, un jour, collaboré à la mise en place de tout ce qui aujourd’hui, contraint nos vies, mais nous clamions bien évidemment le contraire !
La vie est extraordinaire !
Cela a commencé doucement… Je jette en vrac tout ce qui vient alimenter mes pensées.
Il y a d’abord eu, et depuis une quarantaine d’années, les bons qui ont du cœur et les méchants, les exploiteurs. La division en deux camps. Le monopole du cœur, comme disait quelqu’un qui regarde maintenant tout cela de très haut, réussissait à bannir celles et ceux qui pensaient différemment.
Tout doucement commençait à poindre la pensée correcte, ce qui se dit et ne se dit pas, ce qui rend fier et ce qui rend minable.
L’Homme aime à se piéger lui-même dans des histoires de camps…
Quoi qu’il en soit, au nom de la belle République, tous les niveaux ont tendu à s’égaliser. Les politiques ont raboté tout ce qui dépasse, poncé tout ce qui accroche, et tout est devenu lisse, y compris les visages des vieilles dames.
Les villes se sont vidées de leur centre. Ce qu’il en restait s’est uniformisé. Elles ont commencé à s’entourer de cubes noirs, rouges ou blancs dans lesquels des rangées de produits à acheter se sont accumulés. Comme cela était bien ! Des parkings pour se garer, des lignes sur le sol pour marquer sa place.
Tout s’organise. Finie la pagaille !
Les vieux murs ont été abattus, remplacés par des bâtiments sans âme et sans histoire, mais des bâtiments aux normes. Parce que oui… des normes sont arrivées puis se sont multipliées. Des normes en tout genre, des normes pour tout et rien mais toujours vendues pour un meilleur… Des normes pour nous assurer de ci, pour nous garantir de ça… pour nous faire croire que… et nous sommes entrés tête baissée dans ce tunnel de la standardisation, sans conscience… sans imaginer qu’un jour, ce serait l’Humain qui devrait être standard… Standard pour pas gêner, standard pour obéir…
Mais pour cela, il ne doit pas trop réfléchir… Alors, ont été changés les programmes scolaires et les approches pédagogiques, faisant croire que tout peut se faire en jouant, en s’amusant, rendant l’effort ringard, voire inutile…
Oui, mais ça, c’est pour le petit peuple, content qu’on s’occupe de lui… Parce que ceux qui nous clament la liberté n’ont rien changé pour leurs enfants. Leurs petits usent leurs frocs sur les bancs des meilleurs établissements, inaccessibles pour le peuple. Et ils avancent pendant que les autres reculent en rigolant !
Combien ont été endormis par la fameuse société de loisirs ?
Pendant que Marcel joue aux boules au camping des flots bleus, des lois se votent dans l’Hémicycle. Et chaque année, en rentrant de congés, les souvenirs emballés dans du papier à fleurs, Marcel se rend bien compte qu’il y a un truc qui cloche… un petit truc, mais un de plus…
Il crache toujours un peu plus au bassinet. Il exprime qu’il est heureux de payer, c’est qu’il a de l’argent… Mais un jour, le chiffre lui parait bien élevé…
L’année de trop, il sort le gilet jaune de sa voiture et se plante sur un rond-point. Il ne sait pas que tout est déjà organisé pour qu’il éjecte rapidement et ne fasse pas désordre. Il suffit de le confondre, de le mélanger avec des milices spécialisées… Spécialisées en quoi ? En casse et en violence…
La vague noire est bien en place mais personne ne la voit. Elle agit à l’insu de tous les non-voyants qui se gavent d’informations standardisées. Alors normal, il faut mater ces bons à rien, qu’ils rentrent chez eux et qu’ils se la ferment. Évidemment, les mots ne sont pas ceux-là puisque politiquement corrects…
Il suffit juste de réaliser qu’aujourd’hui, il devient impossible de clamer ses valeurs et le droit à une place digne et juste. C’est bel et bien terminé, l’air de rien…
Quelques mois plus tard, Marcel porte un masque. Il se la ferme parce qu’il postillonne. Sa boîte va peut-être fermer, pas sûr… Sa femme n’a plus de boulot, ses gosses sont affalés devant un écran et regardent des séries en bouffant des pop-corns… Il a encore les moyens de les acheter grâce aux économies des vacances loupées. Il atteint cependant le seuil, celui de la pauvreté… Mais c’est normal. Il sort à des heures qui lui sont imposées. S’il déroge à cette règle, il raque. Oui, cela fait longtemps maintenant que c’est comme ça. Tu files droit ou tu en payes le prix. Les valeurs se sont réduites à l’argent.
Marcel a peur. Peur de tomber malade et de mourir étouffé.
Seule la vague noire peut le sauver. C’est ce que lui dit un médecin bien connu à la radio. Il y croit, parce que cet homme-là, il a une bonne gueule ! Si les repas de famille étaient encore autorisés, il pourrait venir manger à sa table. Il a l’impression de le connaître tellement son sourire lui réchauffe le cœur.
Et demain, si quelqu’un lui annonce que pour redevenir libre d’aller et venir, il lui faut accepter une petite picouse, il se battra pour être le premier sur la liste des vaccinés.




ANNE WEYER 

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