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De loin, elle est restée jolie

De loin, elle est restée jolie. Elle fait encore illusion… Sa silhouette assez fine, ses chaussures à talons, sa robe peu cintrée cachent bien ses années. Elle porte des collants couleur chair, une écharpe assortie à sa veste fleurie.
Mais en s’en approchant, semblent traîner quelques tâches disgracieuses sur ses souliers vernis, des traces restantes d’un coup de torchon mouillé passé à la va-vite avant d’aller en ville. Elle ne s’est pas rendu compte que son collant filait, inexorablement, à chaque pas de plus. Il est comme le temps, il glisse doucement, mais sûrement. Son écharpe est usée, sa veste un peu informe et son ventre grossi pointe ses bourrelets disgracieux à la surface de la robe de viscose. La viscose, c’est pratique. Ça sèche sur un cintre, les jours de lessive. Pas besoin de repassage. Cette femme est usée et tout temps gagné est un soupir de moins sur sa vie ratée.
A voir d’un peu plus près, cette femme est marquée. Elle a les traits boursoufflés, des yeux bien fatigués. Ses rides devenues profondes marquent le naufrage du temps, impossible à planquer. Son visage, qui a dû être si beau quand elle avait 20 ans, exprime ses rêves déçus, les couleuvres avalées au fil des années, ses déceptions engrammées, ses violences reçues, ses chagrins enfouis, ses frustrations répétées, ses illusions perdes, son incapacité à partir quand il aurait encore été temps de le faire.
Aujourd’hui c’est trop tard.
Elle regarde une vitrine de bijoux fantaisie. Elle s’imagine encore ouvrir un écrin prometteur de surprises, un qui ferait croire à l’amour que son homme lui porte. Elle se plaît à choisir celui qui lui plairait, si toutefois il lui demande ce qu’elle veut pour son prochain anniversaire, sait-on jamais ? Elle ne vole rien à personne à espérer encore. Certes elle entretient ses chimères… mais qui lui en voudra ? Il n’y a plus qu’elle qui se parle. Les copines l’ont lâchées, fatiguées de sa misère, les amis sont partis, et ne reviendront plus… comme le chantait si justement son artiste préféré. Elle a fait le vide autour d’elle en n’ayant pas de courage… le courage de partir de sa prison dorée et de se prendre en charge avec deux fois moins de sous.
Alors elle se console. Et pour se consoler, elle picole. Juste un petit verre de blanc pour commencer sa journée, se donner du courage. Puis il est vite 11h, alors, passant tout près du cubi bien planqué, une giclée avant de tenter de préparer un repas. Celui d’hier traîne encore dans le plat. Elle le flanque à la poubelle. La viande en sauce la dégoûte. Elle fera du poisson. Elle ouvre son congel mais il n’y a rien dedans. Elle se rassied dans sa cuisine de luxe dont elle était si fière. Elle pose sa tête sur sa main un peu rouge. Elle réunit le peu d’énergie qui lui reste, se motive, se raisonne et s’en va faire des courses. C’est jour de marché. Allez un petit effort… La vue de la bijouterie lui redonne courage. Elle revient chez elle, ses emplettes sous le bras, prépare son plat du jour quand son mari appelle. Il ne rentrera pas ce midi, peut-être pas ce soir. Des réunions importantes, des debriefings urgents.
Elle pleure sur son café arrosé de cognac. Pas de repas pour elle, ça lui coupe la faim. En revanche, impossible d’étancher cette soif qui la conduit à l’oubli de sa propre déchéance.
Elle se pensait princesse voilà déjà 30 ans. Elle n’est plus que misère, pauvre femme chez les riches. Son état est tabou. Son mari ne veut pas voir. Elle, elle ne sait plus ce qu’elle voit… ni d’ailleurs ce qu’elle boit. Elle n’avait même pas vu que son collant se déchirait… trop déchirée elle-même…

ANNE WEYER 

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