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Cette femme a fait "reset"

Cette femme a fait "reset" sur sa belle vie d'avant. Car elle n'en pouvait plus. Elle ne l'acceptait plus.
Pourtant beaucoup l'enviaient. Une grande maison avec jardin autour, deux jeunes et beaux enfants et un mari parfait, un homme travailleur, et serviable avec ça ! La voisine louchait sur cette famille unie. Ses parents étaient fiers, ils n'en espéraient pas tant ! Ses amies lui confiaient : "Mais comment as-tu fait pour réussir autant ?".
Alors elle n'osait pas avouer que nichée là, elle étouffait vraiment. Et puis qu'elle rêvait de partir, qu'elle rêvait d'autre chose, qu'elle rêvait d'aventures, de tout lâcher d'un coup. Laisser le lit défait, et ne plus rien ranger, ne plus organiser toutes les courses de la semaine, arrêter de programmer pour sortir de l'ordinaire, être prise par surprise, ôter son pyjama et traîner en savates, manger sur le canapé, ne plus mettre la table, ne jamais repasser et puis plier ses chemises, visiter l'Australie, aller en Laponie, acheter des popcorns et s'asseoir au ciné, faire un très gros pied de nez au patron de son mari, et monter sur la table pour chanter à tue-tête ! Grimacer au nez des vieux grincheux ! Dire à son mari : "Tu m'étouffes, mais laisse moi parler ! Y-a que toi pour savoir que t'as toujours raison ! Ras le bol que tu me coupes la parole et que tu contrôles tout !"
Cette femme n'a pas osé souffler ces quelques mots, dire un peu j'en ai marre, j'ai envie d'autre chose. Elle n'a pas osé non plus remplir sa valise, ouvrir la porte d'entrée, sortir et s'en aller. Cela lui semblait dur, voire même insurmontable.
Alors elle a zappé, grande décharge dans la tête, hématome au cerveau, séquelles irréparables ! Son corps a signifié tout ce qu'elle ne pouvait dire, ce qu'elle n'osait s'avouer.
Cette femme est aujourd'hui une grande silencieuse. Elle avance à petits pas. Elle traîne sa beauté, un sourire accroché à ses oreilles parées. Elle ne donne plus jamais son avis. Elle le laisse décider. Elle ne peut plus juger, ni même se révolter. Elle a laissé partir, lors de son coup de tonnerre, tout le possible de son autonomie. Elle n'a plus de travail parce qu'elle est bien trop lente. Elle touche une pension en guise de récompense. Elle traîne ses journées, déplace ses coussins, en ajoute parfois un qu'elle trouve au magasin. Et quand on l'interroge, il s'empresse de répondre. Pas une once de révolte dans sa tête disjonctée. Elle sourit simplement, fait mine d'excuser. Cette femme ne lit plus. Cette femme ne rêve plus. Elle ne compte même plus. Le chiffre est devenu étranger. Alors toutes ses journées s'égrènent toujours les mêmes. Elle s'allonge sur un banc et attend que ça passe. Il lui dit de faire ça, elle abdique. C'est facile. Il la reprend comme si elle était une enfant, et elle plie. C'est tranquille. Parfois elle ose des caprices, des crises épouvantables. Un sursaut de révolte, un reste de rêve envolé.
Son mari est charmant. Son mari est patient. Et il fait tout pour elle. Les copines l'admirent. Cet homme se sacrifie car il n'est plus son homme. Il rêve de partir. Il rêve d'aventures. Il rêve d'autre chose, de tout lâcher d'un coup. Mais cet homme ne peut pas. Il doit la prendre en charge, lui faire ses valises quand ils partent en voyage, lui acheter la lessive quand ils rentrent de vacances. Et puis faire ses choix car elle ne sait plus faire ce qu'elle n'a jamais fait...
Ils sont deux prisonniers de leur vie, enlacés pour toujours.



ANNE WEYER 

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