En ce jour de mai, voilà tout juste un an, tu as tiré ta dernière révérence terrestre. 

Ce matin, j’ai ouvert les yeux à l’heure même où tu fermais ta porte, l’année dernière. J’ai travaillé toute la nuit sur l’arbre de Séphiroth et je me suis réveillée après cette étrange impression d’en entendre le sens dans son entier. 

Douce illusion, mais quel bonheur ! Cela m’a fait sourire, ravivant des souvenirs très présents. Tu as tenté, par-delà les nuages, de glisser dans mon inconscient la suite de tes enseignements. « Reprenons l’approche mystique de la Création, ce n’est pas difficile, écoute… ». 

La différence ce matin, c’est que tout était clair en moi. Mon mental avait su rester à sa place pour ouvrir le rideau à une autre dimension de l’apprentissage. Merci Raymond. Mon cœur a entendu. 

Cette joie au réveil a fait ressurgir les rires de nos échanges. Nos espiègleries respectives se conjuguaient à merveille. Oui, à l’aube, tu étais là. 

Puis j’ai découvert le très beau message de ta fille Claire, dans ma boîte aux lettres virtuelle. Une vague inattendue a envahi tout l’espace de mon être. Les larmes ont coulé sur mes joues. Je regardais les lilas danser derrière ma fenêtre, je te cherchais et ne te trouvais pas… 

Tu n’es apparu que plus tard, alors que j’ai mis le pied dans l’écrin de verdure qui entoure la terrasse de la maison. A ce moment précis, les cloches de l’église se sont mises à chanter. C’était magnifique ! Puis un petit oiseau a pointé le bout de son bec en éclatant de rire. Et de nouveau j’ai ressenti la paix, comme après les soins que tu me prodiguais. Tranquille, juste à ma place. Merci Raymond. 

A midi, nous avions rendez-vous, famille, amis… la clique que tu as su former et qui se serre les coudes pour garder au creux du cœur toute la chaleur que tu nous as transmise. Une communion pour t’adresser la reconnaissance et l’amour que nous te portons, pour te remercier de tout ce que tu nous as offert. 

Cher Raymond, j’imagine que tu as bien du travail, de là où tu es. Je me demande même si ce n’est pas pour cela que tu es parti si tôt… J’espère qu’il te reste un peu de temps pour te reposer et lire le Canard ! 

Face à ce que nous traversons de bien étrange aujourd’hui, je pense à toi et à ceux que j’aime et que tu croises peut-être à vol d’ange… Je suis égoïstement triste d’être privée de ta présence, et en même temps, heureuse que tu puisses voir cela de très haut sans prendre de plein fouet les ravages de la folie humaine. 

Ce midi, je pensais à tous les échanges que nous aurions, se nourrissant l’un l’autre de nos observations, tantôt taquines et tantôt graves, mais toujours ô combien nourrissantes. Comme cette complicité me manque ! J’ai appris cette année à apprivoiser cette absence toute particulière, ce mélange d’amitié, d’enseignements, de visions, tant intellectuel que spirituel. 

Puis, en sortant de chez moi, j’ai vu ces mots inscrits sur le tableau de la voisine d’en face et attribués à Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ». Je me suis raconté que tes clins d’œil seraient présents tout au long de cette journée de funeste anniversaire… Nous aurions pu disserter sur cette jolie phrase, comme à notre habitude… Ce sera pour une autre fois. Je ne t’entendrai pas me souffler : « Ecris un texte là-dessus ! » … Quoique… 

Merci de l’avoir envoyée de si loin. As-tu dit à Jacques-Bénigne qu’il avait quand-même un drôle de prénom ? Oui, Raymond, je suis toujours une chipie, c’est plus fort que moi ! 

Je termine cette lettre par mes remerciements, oui, merci infiniment de tous ces précieux moments que tu as pris le temps de m’offrir. 

Je t’embrasse affectueusement, 

Anne 

Ps : Au moment précis où je pose la dernière lettre de cette missive, la bougie qui brûle à ton intention vient de s’éteindre. Elle est superbe. Elle ressemble à un cygne qui regarde l’émeraude qui s’en est échappée. Une auréole de lumière blanche lui réchauffe la tête. Quelle élégance ! C’est tout toi… 

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