Ils se réveillent, se stimulent entre eux : partir à la pêche des affaires à faire ! S’enrichir sur le malheur d’autrui est une dynamique qui n’a pas de limites au pays de l’égo. Je les entends, les observent. Ils me semblent nombreux, du plus gros au plus petit, préparant leur envol depuis le début du confinement afin d’être au taquet au moment de la sortie. Certains ont d’ailleurs pris de l’avance. 

Les vautours ayant perdu une partie de leurs proies, sont en quête des prochaines et construisent leurs stratégies depuis des semaines. 

Les labos se déchaînent car une pandémie laisse miroiter des gains possibles liés à un marché international. La première étape est de faire taire les plus sages en les traitant de fous, pour vendre leurs produits à coups d’arguments titillant la peur de la finitude enfouie en chacun des êtres humains. Construire sa place au soleil grâce au marché de la frayeur de la mort. Quelle belle opportunité ! Qui plus est, si inattendue ! Une petite merveille à se mettre sous la dent ! « Alors, Mesdames et Messieurs, pour votre bien, nous allons pouvoir vous tester, vous vacciner puis vous pucer ». Quelle aubaine ! Et cela à l’échelle mondiale. Aurait-on pu rêver d’une opportunité pareille ? Comme quoi, coco fait des heureux ! 

Les financiers, de leur côté, apeurés de voir fondre leurs richesses boursières, en pleurs devant leurs œuvres d’art pour un temps dévaluées, reprennent la main sur leurs tableaux de calculs : simuler leurs futures spéculations. Ils contactent leurs amis de promo et avancent, main dans la main. 

Les industriels réussissant à tenir debout par ces temps de confinement sont à l’affût des occasions à saisir. De nombreuses PME vont tomber, c’est une de leurs certitudes. Alors, ce ne seront plus des soldes mais des braderies qui vont s’organiser ! Acheter pour une misère un outil de production à ceux qui ont emprunté pour se le payer. La belle affaire ! Les perdants rembourseront leurs dettes devenues insurmontables faute d’activité, mais ça, c’est leur problème. Ils savaient bien qu’en empruntant, ils prenaient ce risque. Les plus gros cherchent comment annoncer qu’en mangeant les plus petits, c’est presque faire de l’humanitaire… Et s’ils ont besoin d’un coup de pouce, les financiers sont là pour les soutenir. 

Les maîtres des réseaux informatiques se lèchent les babines : affiner leurs tuyaux, rendre plus rapides la circulation des informations, développer à outrance tout ce qui est virtuel, n’est-ce pas ce dont ils rêvent depuis longtemps et qu’ils peuvent, aujourd’hui, vendre sans problèmes puisque ceux qui dépensent leur énergie à maintenir un système bancal ont besoin d’eux. La vie n’est-elle pas bien faite ? 

Les politiques, quant à eux, préparent leurs prochaines campagnes. Ils guettent et notent les moindres propos tenus par ceux qui sont en place et construisent leurs fusillades verbales. Obtenir un siège, voire un trône, n’est-ce pas le moment ? Leurs yeux brillent lorsqu’ils s’imaginent que l’heure est enfin venue pour eux de prendre le pouvoir. 

L’Etat crée des aides et de manière plus silencieuse, renforce les rangs des contrôleurs en tout genre. Les agents qui le servent ne sont pas au chômage technique. Des taxes s’inventent chaque jour. Des normes se multiplient. Il est même capable d’en créer pour les masques qu’il va nous obliger à porter à la sortie du confinement. Alors, Madame Durand va pouvoir aller se rhabiller avec sa fabrication de quartier ! Il mènera des campagnes de publicité pour protéger les naïfs : « N’achetez pas vos masques n’importe où ! Il vous faut, pour votre santé, ceux qui sont habilités par la norme 458iu39pq. Et si vous n’écoutez pas les consignes édictées par le Ministère de la Santé, vous serez amendables. Que voulez-vous, il n’y a que comme ça que vous comprenez, que comme ça que vous savez être raisonnables ! Heureusement que nous sommes là pour votre bien parce que vous, vous êtes complètement à côté de la plaque ! Nos amis les industriels savent ce qu’ils font, eux ». Les amendes se multiplient comme des petits pains là où règne l’argent. Soumettre les plus faibles au profit des copains, ceux qui sortent du même sérail, les seuls à pouvoir respecter le fonctionnement des machines infernales renforcées par la situation actuelle. 

Puis il y a ceux qui font la promotion des charognards cités ci-dessus. Ils forment une chaîne qui enserre le monde quel que soit le contexte. « Tout est bon dans le cochon » comme disait mon grand-père. 

Et comme ce qui existe au niveau macro existe au niveau micro et qu’on est tous le petit de quelqu’un, il y a toujours un plus grand qui est prêt à croquer un plus mal-en-point que lui. Pouvoir acquérir le commerce du coin au prix d’une paire de chaussures, n’est-ce pas une belle opportunité ? Les guetteurs du bon filon se démènent, les papilles en éveil, l’eau à la bouche à l’idée de ce qu’ils vont gagner… 

Nous jouons à qui mange qui et tout comme je peux écraser une fourmi avec ma chaussure, les géants actuels aplatissent les nains avec leurs portefeuilles. 

Pouah ! J’en ai la nausée ! 

Je me suis imaginée tellement autre chose… 

Ce virus touchant les humains, du plus petit au plus grand, du plus gros au plus maigre, du plus pauvre au plus riche, je m’étais imaginé que les charognards se calmeraient enfin et qu’ils commenceraient à prendre conscience que nous ne faisons qu’un. J’ai pensé que l’heure était venue de se réunir, de se concerter autour de la question suivante : quelles sont les énergies à mettre en place pour rendre le monde plus juste ? Oui, oser cela, je pensais que c’était pour aujourd’hui. Moi qui suis un peu lente, je réalise que pour une fois, j’ai su être rapide, bien trop rapide d’ailleurs ! 

Mais bon… peut-être cela se fera-t-il après-demain… Un peu de patience… 

Bien qu’effrayée par les démarches créatives de nos grands calculateurs, je garde espoir et chaque jour, je pose un petit caillou coloré pour rendre le chemin du monde plus doux. Humblement, je fais ma part, ma part minuscule mais concrète. 

Anne Weyer 

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