A quel moment la prudence se transforme-t-elle en méfiance ? La limite entre les deux peut être tellement infime !

A quel moment l’œil devient-il quelque peu suspicieux ? Quand est-ce que ça glisse, tranquillement mais sûrement vers une autre distance ?

Au début insouciants, les êtres s’étreignent et s’embrassent. Ils s’attrapent par le cou et s’envoient des bisous, défiant le danger potentiel.

Puis les informations circulent, de plus en plus nombreuses, et de façon plus en plus rapprochées. Ce qui était encore vrai hier ne l’est plus aujourd’hui. Les certitudes s’effritent, fondent, comme neige au soleil…

Un voisin, au loin, semble tousser plus que de raison… Un cousin essoufflé décroche son téléphone…

Un enfant regagne le nid familial, fuyant une région infestée.

Et la crainte se pointe, insidieuse… Et si ? Et s’il rapportait, en plus de sa valise, cette bestiole microscopique qui distribue le spectre de la mort sans retenue ?

La peur grignote du terrain…

Mais cette peur, est-ce pour soi ou pour l’autre ? Peur d’attraper cette vermine ou peur que l’être aimé l’ait attrapée ? Peur qu’il l’ait attrapée au risque de me la refiler ou peur que le malheur touche celle ou celui que j’aime ?

Deux parents agissent-ils de même ? Ont-ils des pensées secrètes semblables ? Des inquiétudes qui se rejoignent ?

Quelles sont les incidences au sein d’un couple si l’un d’eux étreint l’enfant rentrant, et l’autre pas ? Qu’est-ce qui s’installe ensuite, dans les jours qui suivent… Le compte à rebours est-il en marche dans la tête de l’un d’eux ? Et si tel est le cas, que se joue-t-il au cœur même de la relation ?

La stratégie de l’évitement peut s’installer, l’air de rien, lentement, mais sûrement…

Alors, est-ce toujours de la prudence ?
Même si celle-ci peut clairement s’exprimer, qu’en est-il dans les méandres de la pensée profonde ? Face au miroir ?

A-t-on quitté le rivage de cette prudence énoncée pour glisser doucement vers celui de la méfiance ? Le franchissement de cette fine frontière peut s’exprimer par un regard devenu quelque peu fuyant, voire étrange. Une distance, au début à peine perceptible, peut s’imposer puis s’afficher.

Des petits signes qui ne trompent pas… le sommeil qui vient vite au moment du coucher, les réveils en décalé, le baiser oublié, le déjeuner face à face finement évité, puis le télétravail qui renvoie vite fait l’un des deux en vase clos, son vase clos, ce qu’il peut imaginer devenir sa pièce stérile…

Les jours de week-end, avec une once de stratégie, n’engendrent pas plus de rencontres risquées… La grasse matinée est plus grasse pour l’imprudent ou le peureux… L’un des deux se faufile hors du lit, sans faire de bruit. Puis il programme sa journée : le départ au marché, la petite randonnée en solitaire, la douche très vite prise puis ensuite la télé allumée, captant ainsi toute son attention.Et bien que confinés, ces êtres se séparent. Chacun son coin, chacun pour soi et sauve qui peut…

Alors, est-ce de la prudence, de la méfiance ou une distance déjà prise il y a fort longtemps mais que le confinement rend plus difficile à vivre…

Poser les lignes doit se faire de façon plus subtile parce qu’il faudra tenir encore…

En 40 jours, on peut faire la moitié du tour du monde, dirait Jules Verne !
Comment gérer la stratégie des pas fuyants dans un dé à coudre ?

Quels trajets définir, pour combien de temps et où négocier les virages ?

A force de tourner, de contourner leur réalité, les êtres finissent par se retrouver face à eux-mêmes…

Et se regardent-ils en face ?

Anne Weyer

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