Je ne sais pas ce que tu vas en faire mais j’ai créé cet être microscopique… impossible de le voir à l’œil nu… Oui, j’ai choisi cela cette fois car lorsque je te montre les choses en grand, tu ne vois rien et lorsque je gronde fort, tu n’entends rien… 

En revanche, ce virus si petit a le pouvoir de s’infiltrer dans tout et par tous les moyens qui sont à sa portée. Il utilise ce que tu as créé pour aller vite, très vite, de plus en plus vite. Il est agile. Il est habile. Il se pose sur un bras de chemise, sur une poignée de porte ou au coin des lèvres. Ainsi, d’être en être il se déplace puis se propage. Il n’a pas besoin d’intimité pour se reproduire, il n’a pas besoin de procréation assistée non plus. Bien au contraire, il te montre comme les choses sont simples quand tu ne cherches pas à les gérer et tu t’évertues cette fois à freiner ! Enfin ! Freiner ton activité, ce qui me soulage d’ailleurs, freiner tes déplacements et t’amener à rester sur place. Alors je regarde comment tu te sens lorsque tu ne bouges plus : stress ou repos ? Je constate que finalement, le repos te stresse, le « rester là » t’angoisse, te poser t’est devenu très compliqué dans ce monde dit moderne, dans ces sociétés dites évoluées. Tu as choisi, pour éviter que cette petite bête devienne trop envahissante bien que transparente à l’œil nu, de suspendre les rassemblements qui ne sont, symboliquement, que les jeux du stade d’un autre temps. Il t’amène à créer des mises en quarantaine, des confinements qui ne sont que le reflet de ce que tu fais déjà : des zones de non-droits, des camps de migrants, des murs construits en guise de frontières, des communautés d’abord signes de liberté avant de devenir objet de stigmatisations… Les exemples sont nombreux… J’espère secrètement, que par l’ampleur du phénomène que ce virus génère, tu te réveilles enfin et entendes ce que tu crées déjà sans lui depuis trop longtemps maintenant… Il te donne la fièvre, il t’étouffe comme tu le fais avec moi… il va jusqu’à te faire mourir parfois. Mais ce n’est qu’une démonstration du système que tu mets en place sur ce que tu imagines t’appartenir : moi, la Terre. Tu extermines avec les moyens obscurs que tu as créés, ceux-là mêmes qui un jour, ont eu le courage de te dire que je suis ta mère, que tu ne fais qu’emprunter ce qui appartient à tes enfants. Tu te crois propriétaire d’un diamant et à force de te le répéter, tu n’as plus conscience que rien ici-bas ne t’appartient. 

Parce que moi, je n’en peux plus. Je lance cet uppercut et j’observe la belle bleue que je suis et qui, par la multiplicité de tes créations perverses, se transforme en véritable champ de bataille… 

Je t’observe de là-haut et du centre de mes entrailles aussi. Le premier réflexe que j’observe chez toi est de t’approprier cette poudrière pour l’utiliser à ton profit. Encore et encore tu fabriques des trucs pour éviter ce que tu croies le pire et tu réussis à faire acheter aux plus flippés gels et masques pour te faire du fric. Tu réunis quelques congénères et tu réfléchis à un vaccin. C’est la course à la trouvaille, espérant ne pas rater le coche que tu as jugé rater lors du dernier virus que j’ai envoyé. Tu affoles les plus démunis, tu monopolises leur cerveau, tu leur ferais acheter n’importe quoi en brandissant le spectre de la mort… 

Mais arrête donc tout ça et calme-toi…Calme-toi dans tous les sens du terme… Arrête de courir pour rien ou pas grand-chose. Arrête d’empoisonner tes congénères, arrête de m’empoisonner. Arrête de m’exploiter, de me contraindre, de puiser en moi tout ce que tu peux soutirer. Arrête de m’épuiser. Arrête également de le faire avec tes frères. Ta course effrénée au pouvoir ne rime à rien… Tu croies être le plus fort alors que tu n’es, toi-même, que le virus de la Terre. 

Alors je te lance cette alerte : Stop ! Observe ce qui se passe… Retourne-toi, lis, cultive-toi, appuie-toi sur les sages, écoute leurs leçons. Tu crois tout inventer alors que tu extermines, petit à petit, toute expression de joie. Stoppe cette fuite en avant qui veut faire oublier le passé, qui piétine les valeurs 

fondamentales qui nous permettent pourtant de vibrer en harmonie… Tu en as vraiment besoin. Il n’y a rien de passéiste à s’inspirer de l’Histoire, surtout si c’est pour en tirer des leçons… parce qu’aujourd’hui, j’ai une sensation nauséeuse. Tu t’inspires bien de l’Histoire en créant des machines à gaz et je vois se profiler un avenir qui me fait froid dans le dos tant il ressemble à ce que tu prétends dénoncer. Excuse-moi mais je me permets de te dire que tu n’as rien compris, même si tu te croies intelligent. Oui, retourne-toi, regarde les machines à gaz que l’humain, dans ce qu’il a de plus horrible, a su inventer et vendre, grâce à des arguments bien construits. 

Que fais-tu de différent ? Pas grand-chose que je sache… Prends un peu de hauteur et observe… Regarde-toi… 

Ce qui me rend joyeuse, c’est que les camps d’hier ont été démantelés, que la raison a eu raison de la déraison, que le cœur l’a finalement emporté… Ce petit être microscopique que je t’envoie n’est juste là que pour que tu te vois dans le miroir qu’il te présente. Il te ressemble tant, il met en exergue tout ce avec quoi tu dérailles en étant fier de toi. 

Baisse ta garde. Lâche ton orgueil… Il a si peu d’importance à côté de l’amour ! 

Anne Weyer

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