Hier, de mon balcon, j’ai vu la porte de ma voisine se refermer sur sa solitude. Mon cœur s’est serré… Elle hébergeait une jeune fille venue de l’étranger pour faire ses études. Cette dernière a réussi à trouver un avion lui permettant de regagner les siens de l’autre côté de la Terre. 

Je suis restée les yeux fixés sur cette petite maison, me sentant impuissante et chagrinée… Certes je lui ai proposé mon aide en cas de besoin. Et en même temps, je trouvais cela tellement insuffisant ! Puis je suis retournée à ma lecture… 

A vingt heures, j’ai ouvert ma fenêtre afin de participer au soutien symbolique à l’égard du milieu médical. Nous étions 6 ou 7 à frapper dans nos mains pendant quelques minutes. Puis chacun est retourné chez soi en se disant « à demain 20h » … La nuit s’est installée. Et ce matin, au réveil, une idée m’est tombée du ciel… 

Pourquoi attendre 20h pour ouvrir nos fenêtres ? Quelle est cette restriction ? D’où peut-elle venir ? Ne serions-nous capables de faire que ce que les grands nous dictent ? Attendre des consignes pour les suivre, ou pas ? Quid de l’initiative individuelle ? 

Alors, par sms ou papiers déposés dans les boîtes aux lettres, je propose des rendez-vous papotes entre voisins, de fenêtre à fenêtre ou de porte à porte… mais du porte à porte sans rien avoir à vendre ! Oui, c’est possible aujourd’hui ! Juste pour redonner une place aux relations, pour prendre soin des liens, de l’autre. 

Relever les yeux des écrans. Sortir de ses interrogations. Dissiper les angoisses. Stopper le film de la peur, au moins quelques instants… 

Se rendre compte qu’il y a bien une personne à côté, en face, derrière. Enfin se voir et se regarder. Se parler, se faire rire, se rassurer, se consoler… Tout cela est toujours possible même à deux mètres les uns des autres… Proposer une présence, une vraie présence et plus de pseudo. Regarder l’autre dans les yeux et n’être là que pour lui, sans guetter si quelqu’un de plus intéressant ou plus important apparaît en second plan. Réapprendre à vivre le présent au présent… 

Chaque être humain est avant tout un être. Alors, si nous réapprenions à être ? Noyés que nous sommes dans le faire et l’avoir, nous commencions sérieusement à perdre la boule… D’où qu’il vienne et quel que soit l’élément déclencheur de ce satané virus, comment pouvons-nous stimuler notre créativité pour en tirer quelques leçons de vie ? Remettre l’Humain face à son humanité, nichée dans son cœur mais trop souvent oubliée au profit de l’égo… 

Je rêve d’un monde où les personnes, sortant de la déraison, reviennent enfin à la raison. 

Je rêve d’un monde où le rythme du vivant soit de nouveau respecté. 

Je rêve d’un monde dans lequel les consciences se réveillent pour trouver la sortie de ce tourbillon enclenché grâce ou à cause des découvertes humaines. Découvertes qui le font s’éloigner de qui il est vraiment. 

Je rêve d’un monde plus serein parce que c’est le plus beau cadeau que nous puissions faire à nos enfants. Leur faire croire que la richesse vient seulement de l’argent est une perverse illusion… C’est propager la croyance néfaste d’un père Noël gigantesque et monstrueux : Tout avoir, comme par miracle. Porte ouverte aux pillages organisés, autorisés, mondialisés. 

Et l’être dans tout ça ? 

Se recentrer sur l’essentiel est une urgence. 

Merci à vous de participer à ouvrir vos fenêtres à heures régulières, à écarquiller vos yeux, à laisser votre cœur s’exprimer. 

Vous en avez besoin, nous en avons besoin. C’est sans doute d’ailleurs notre premier besoin dans ces jours particuliers et tellement riches d’enseignements si nous lâchons la méfiance, la peur et notre connu. 

Demain est un autre jour. Et s’il était relationnel ? 

Anne Weyer 

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