Je fouille dans ma mémoire et cherche ce matin la première fois que j’ai entendu parler de vous… J’étais enfant, c’est sûr… Voilà, ça me revient ! J’ai entendu ma chère maman dire à son frère : « c’est vraiment le sosie de Papa !». Alors je vous ai regardé sur une pochette de disque puis j’ai fouillé les albums-photos pour retrouver le visage de mon grand-père, parce que dans mes souvenirs, les contours en étaient devenus flous… Je trouve d’ailleurs terrible ce moment où je réalise que je dois fouiner dans les méandres de ma mémoire pour retrouver les traits d’une personne aimée… 

Je vous ai placés l’un à côté de l’autre. Sans aucun doute, beaucoup de traits communs… Plus tard, en vous écoutant parler, j’ai senti que vous en aviez d’autres avec lui, dont cette originalité affichée qui montre qu’une vie en dehors des clous sociétaux est possible. 

Mais je reviens à ce que j’écrivais. 

Je me suis demandé si c’était vos ressemblances qui faisaient que ma chère maman vous aimait, comme une nostalgie de son père disparu trop vite, trop tôt pour elle… Quelle drôle d’interrogation ! Et en même temps non, parce qu’à l’adolescence je trouvais mièvres les chansons que je connaissais de vous. J’avais cet âge où la caresse devient risible, voire ridicule, cette période de la vie où les effluves de tendresse tendent à fondre comme neige au soleil dans la relation aux parents, et qu’elles ne savent pas encore s’afficher dans d’autres relations, y préférant les coups de poing effleurés, les chatouilles… mille détournements de ce que la main n’ose pas encore poser comme gestes. Vos chansons d’amour me semblaient puériles, comme si cela était possible, l’amour mièvre et puéril. La jeunesse est attendrissante par ses non-sens affichés avec tant de certitudes. 

Je vous ai redécouvert plus tard, dans ma vie de jeune adulte. Mon compagnon de l’époque était allé chez vous et me décrivait votre intérieur. Cela faisait briller mes yeux ! J’imaginais vos juke-boxes alignés ainsi que vos voitures de collection à l’étage en dessous… Vous m’intriguiez. Vous reveniez dans ma vie par quelqu’un qui avait mon âge et donc, pas celui de ma mère… 

Quelques mois plus tard, un ami est revenu de l’Olympia où il était allé vous voir. Musicien et compositeur de métier, il parlait de votre concert et plein d’étoiles brillaient dans ses yeux. Cela a touché mon cœur. A cet instant précis, vous avez vraiment éveillé ma curiosité et je suis partie à votre découverte. 

De ce jour, j’ai l’impression d’avoir glissé ma main dans la vôtre, pour avancer sur le chemin des rêves, de la poésie et de la folie douce qui vous habitait. Je me suis laissée embarquer par vos compositions que je trouve exceptionnelles, bercée par votre style tellement particulier… 

Je suis allée vous voir en spectacle à mon tour et j’affirme, depuis le premier que j’ai vu de vous, qu’aucun spectacle ne m’a tant transporté que les vôtres. J’ai été hypnotisée par vos sons, vos mots, les lumières, ceux qui vous accompagnent et votre grain de folie qui me faisait tellement rire ! Oser la provoc, mais jamais de manière agressive selon moi, oser l’absurde, oser mélanger philo et humour, oser exprimer des phrases qui ne veulent rien dire, mais qui disent quand même beaucoup si on lâche notre mental, savoir allier avec tant d’agilité, profondeur et légèreté. Un bonheur à l’état pur ! La dernière fois que je vous ai vu, une femme a quitté la salle de spectacle, vous jetant au visage sa colère de vous voir boire votre whisky en nous racontant des histoires. Je cherche ce que vous avez répondu, j’ai du mal à retrouver ces mots tranquilles que vous lui avez adressés mais c’était quelque chose comme : « c’est dommage de vous emporter de la sorte et de ne pas savoir profiter du moment présent, je suis comme je suis… ». 

Christophe, vous portiez bien votre nom. Grâce à vos compositions, j’ai voyagé et je voyage encore, un peu comme si j’étais perchée sur vos épaules… 

En ce début de confinement, j’ai placé un de vos disques sur le lecteur de CD, j’ai monté le son presque à fond et j’ai dansé dans mon salon, comme j’aime à le faire, seule avec vos mélodies. Dans ces moments-là, plus rien d’autre n’existe. Ma tête est vide de tout sauf de vos mots bleus, roses, mauves… ces couleurs de printemps naissant. Mon cœur se sent bercé par la douceur, oui, dans ces moments- là, je rêve, je rentre dans une transe particulière… 

Peu de temps plus tard, j’ai entendu que Coco vous avait chopé au virage… 

Puis ce matin, j’ai pleuré en entendant qu’à une heure, vous aviez raccroché votre costume de scène, rangé vos crayons et fermé définitivement vos cahiers ainsi que le livre de vos compositions. 

Je regarde le ciel mais vous n’y êtes peut-être pas encore… Il est tôt. 

Je veux simplement vous adresser ces petits mots : Merci. Merci d’être passé dans ma vie. Merci de tout ce que vous m’avez offert, sans le savoir… C’est tellement bon ! C’est comme un sucre d’orge, une pâquerette sur mon chemin, un nénuphar éclatant au beau milieu d’un étang, un nuage qui écrit dans le ciel, une plume d’ange qui caresse mon bras, un éclat de rire d’enfant. Merci. 

Anne Weyer 

1 Comment

  • J’aime Anne quand tu nous parles de Toi de ton chemin de tes découvertes…comment cela est arrivé dans ta vie
    Ta rencontre avec Christophe
    Je ne le connais pas
    Je vais l’écouter
    Et écouter en Moi
    Merci pour ce beau partage plein de belles vibrations de Vie et d’Amour
    Je m’envole de bon matin

    MarieClaude
    Posted 18 avril 2020 at 5 h 54 min

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