Hier matin, je suis sortie sur ma terrasse. Comme tous les jours, je regardais le clocher de l’église Saint- Aignan. Observer cette flèche montant vers le ciel est toujours un plaisir… Mais quelque chose d’étrange se passait. Bien que ne voyant pas les oiseaux, je les entendais, je les entendais tellement ! Leur chant joyeux m’interpellait… Mais est-ce cela qui m’interpellait ? Non… c’est le silence autour qui a attiré mon attention. Lundi matin et si peu de bruits de moteurs. L’affolement de début de semaine était silencieux cette fois, silencieux et pourtant lourd en énergie. 

Alors, j’ai regardé les nuages et voici ce qui m’est venu : 

L’humain se trouve à un carrefour. Cette vision me renvoie une image d’un de mes livres culte : La prophétie des Andes. Deux chemins et cette grande interrogation : quelle est la direction que je choisis de prendre ? Je pars à droite ou à gauche ? Le personnage central de ce roman initiatique a choisi. S’en est suivi pour lui des évènements difficiles à vivre. S’accusant d’avoir pris la mauvaise direction, il a finalement entendu que ce chemin était juste pour lui… Il a appris, a évolué, a grandi. Ce n’était donc pas une erreur… juste une épreuve. 

Voilà où je nous vois aujourd’hui… Quelle direction prendre ? Notre société et donc chacun d’entre nous a le choix. Le choix entre quoi et quoi me direz-vous ? 

Le système impersonnel créé grâce à cette toile gigantesque dans laquelle l’homme se prend le pied sans en avoir conscience peut continuer à se développer. N’est-ce d’ailleurs pas ce qui se met en place ? Travailler via internet reste possible. Les autres se débrouillent comme ils peuvent, espérant que l’Etat subvienne à leurs besoins élémentaires. Alors, qui vraiment peut travailler à distance aujourd’hui ? Essentiellement ceux-là mêmes qui construisent, nourrissent, entretiennent et développent l’informatisation. 

Le monde de l’enseignement construit sa parade via l’outil que certains jugent merveilleux. J’entends des enseignants heureux de ne plus avoir à gérer les problèmes de discipline dans les classes… Enseigner sans élèves, enseigner sans contacts directs, sans relations… Voilà le moyen rêvé de contourner les conséquences d’un cloisonnement humain opéré depuis trop longtemps et que l’homme ne sait plus comment gérer. Il subsiste juste un bémol : ça coince ! Le réseau déraille quelque peu… Les spécialistes annoncent qu’il ne s’agit que d’une histoire de réglages et y travaillent d’arrache- pied ! 

Le monde de l’entreprise ne peut plus fabriquer. Pas encore assez de robots… L’Homme va-t-il choisir, l’alerte passée, de multiplier cette robotisation ? Continuer à remplacer l’humain par des machines, ou va-t-il revenir à la raison ? Les frontières se ferment. Quid de tous ces produits venant de l’étranger parce que moins chers ? Regardons-nous dans la glace : est-ce nous collaborons à ce système ou pas ? Et pour quels intérêts ? Tout un chacun réclame des produits bon marché en voulant bénéficier de services publics de plus en plus étendus, de couvertures de plus en plus chaudes sans en payer le prix, comme si les richesses provenaient d’un chapeau et qu’elles étaient donc magiques et surtout inépuisables. 

A ce jour, le tertiaire déjà hautement déshumanisé, doit pouvoir continuer son activité. Certaines structures fournissent téléphones et ordinateurs équipés de mouchards à leurs employés. Arriveront- ils à en conclure que tout fonctionne finalement très bien comme ça ? Plus besoin de se voir ni de se toucher. Pas de robots comme dans l’industrie restante, mais des personnes robotisées et priées de rester chez elles puisque toujours contrôlables… 

Ceux qui peuvent continuer à vivre comme si de rien n’était vont aussi pouvoir continuer à consommer comme si de rien n’était. Et grâce à quoi ? A la vente à distance… 

Et c’est ainsi que tous les autres peuvent rester à la traîne, à la traîne du système pervers en construction depuis tant d’années et qui profitent aux plus informés, à ceux qui consolident la structure même de cette société déshumanisée… 

Voilà un des chemins qui se présentent à nous… Continuer, après l’alerte de ces jours-ci, comme si rien ne s’était passé. Pire ! S’acharner à renforcer un système qui va nous être présenté comme préventif. Vendu à coups de menaces, il va tenter d’emmener ceux qui veulent ou pensent suivre, guidés par l’anxiété non gérée… les autres pourront crever… Parce que chez ces gens-là, comme disait Brel, personne ne croit que l’outil qu’ils ont contribué à créer peut exploser. Chez ces gens-là, le réseau niché dans le Cloud reste la sécurité et la vérité. Qui plus est, ils le voient invincible et ne s’imaginent pas qu’il peut être à leur image : capable de péter les plombs à tout moment, allant jusqu’à s’éteindre. 

Puis il y a un autre chemin possible… 

Cette épreuve mondiale réveille les consciences, freine enfin l’inconscience. 

Que ceux qui se saoulent au quotidien avec leurs écrans multiples et variés relèvent la tête, regardent pour enfin voir celles et ceux qui les accompagnent… 

Ecarter les rideaux de la fenêtre et se rendre compte qu’il y a bien une voisine ou un voisin, que cette dernière est peut-être dans le besoin, que ce dernier est peut-être démuni et qu’une compagnie lui devient urgente… 

Réaliser que les familles sont éclatées aux quatre coins du monde et que cette distance devient un frein réel aux embrassades, à la solidarité et à la tendresse que chacun porte au fond de son cœur, même s’il ne le sait plus… Mais au fait, pourquoi cet éclatement ? Une fois de plus pour l’argent, pour l’ambition, ou poussé par la peur mais pas pour l’amour… 

Enfermées chez elles pendant quelques semaines, les familles se retrouvent, se rencontrent. Et ces retrouvailles, comment se vivent-elles ? Dans l’union ou l’explosion ? Qu’est-ce que chacun décide de mettre en place pour rendre les relations possibles, nourrissantes, voire épanouissantes ? 

Privé de consommation, l’homme va-t-il réaliser que cette compensation n’a finalement que peu de sens et surtout, que compense-t-elle si ce n’est la solitude intérieure et l’absence de sacré ? 

Remettre les mains dans la terre pour se relier à notre mère à tous. Prendre soin des fleurs, des plantes, des arbres, des cultures faites à petite échelle et sans l’intoxiquer… 

Oui, ce chemin est là. Se rappeler que nous sommes avant tout des humains et que nous avons un cœur trop souvent oublié au profit de l’égo. 

Oui, nous avons le choix. 

Recentrons-nous… relions-nous à notre humilité, mettons notre illusion de toute puissance en sourdine avant d’en devenir par trop ridicule, tentons de nous réveiller, d’être enfin sage… 

L’heure de l’atterrissage possible est arrivée. Merci. 

Dommage que cela crée tant de ravages. 

Et je termine par cette question : Qu’est-ce qui fait que l’Homme en arrive là ? Il confond, inlassablement besoin et désir. Il donne la priorité à son égo et en oublie son cœur. Il est comme un 

enfant qui recherche une claque pour qu’un plus grand que lui le remette enfin à sa place, sa juste place. Il pousse le bouchon toujours un peu plus loin… Il s’illusionne et s’insécurise en même temps… Il se met en danger et crie par là même son besoin d’être protégé, son besoin de limites. 

Oui, c’est ça, l’humain est un éternel enfant. Et c’est sa mère, la Terre, qui va le remettre sur le droit chemin. C’est son rôle. Même s’il n’est pas le plus drôle, il est indispensable à l’équilibre. 

Anne Weyer 

1 Comment

  • Merci Anne de partager ces réflexions.
    Oui le monde presque est au ralenti et cette situation de confinement à mon sens interroge chacun sur ses besoins et désirs.
    Ralentir, profiter de ses proches, prendre le temps de se regarder enfin et de créer un autre possible.
    Réaliser aussi que oui internet ne remplacera jamais la relation.
    Je suis instit’. Lundi, gestion de crise entre collègues. Je suis ravie de la solidarité entre mon équipe de collègues. Un constat: être au plus proche des familles et de nos élèves était la principale préoccupation de chacune d’entre nous assez scolaire, ben oui. Je ne crois pas que l’école devant l’ordinateur va fonctionner.
    La raison d’être de mon travail c’est la relation avec mes élèves. J’ai découvert la méthode ESPERE de Jaques Salomé.

    Karen
    Posted 18 mars 2020 at 6 h 54 min

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