Ce matin, j’écoute le vent et les oiseaux. Je regarde les feuilles pousser, sortir des branches encore un peu sombres de l’hiver qui a laissé la place au printemps. La nature chante et respire, comme une vague lancinante… Le va et vient du souffle de la vie… Je me demande quels enseignements elle m’envoie, cette dame qui m’inspire le respect…

La nature me montre le chemin. Merci.

Elle continue sa route, tranquillement, au-delà des tourments des humains. Un pas après l’autre, elle avance vers ce qu’est son histoire. Elle est calme, sereine, respectant inlassablement le cycle de la vie, dépolluée de l’agitation habituelle.

Le vent reste le vent. Les oiseaux volent d’un point à un autre. Ils se regroupent puis se séparent pour se retrouver ensuite. Ils dansent avec majesté dans le ciel gris de cette matinée particulière.

Comment vivent-ils le confinement des hommes ? Que se passe-t-il dans leurs petites têtes de moineaux ? Est-ce que ça les fait rire ? Est-ce que ça les interroge ? Est-ce que ça les surprend ? Est-ce que ça les rend perplexes ?

Sans doute ne se posent-ils pas ces questions, loin qu’ils sont d’un tourment mental qui nous dévore, nous qui nous nous croyons trop souvent invincibles, voire tout puissants…
Au jour succède un autre jour. Présents au présent, ils vivent.

Et nous, les humains ?

Certains s’arrêtent, observent, attendent. D’autres s’agitent à l’intérieur comme ils pouvaient le faire à l’extérieur : emplois du temps construits et respectés à la lettre. Ils calent leur organisation habituelle en tenant compte des contraintes actuelles. Peu de changements… Un ordinateur allumé, des écouteurs aux oreilles, ils se retrouvent au travail sans s’y rendre. Quelques autres se rencontrent enfin au cœur de leurs maisons. Est-ce qu’ils rient, se caressent ou s’insultent ? Est-ce qu’ils se chamaillent, ne se reconnaissant pas, par trop de négligence relationnelle passée ? Certains s’inquiètent, font face à leur panique du mieux qu’ils peuvent. D’autres construisent l’avenir dans leurs têtes affolées. Ils échafaudent des hypothèses, se bâtissent des plans d’action, préparent l’avenir pour moins sentir combien ils le redoutent. Puis il y a ceux qui sont au service des plus démunis, au service des malades, des souffrants.

De grands oiseaux chahutés par la tempête de l’existence… voilà ce que sont les humains aujourd’hui.

Leurs plans mûrement réfléchis ont volé en éclat, du jour au lendemain. Alors il y a ceux qui résistent, tentant de croire que demain sera comme hier, après le passage de l’ouragan…

Un des rêves les plus anciens de l’homme est de voler. Depuis des lustres, il construit des avions, se fabrique des ailes pour s’élancer du haut d’une montagne, avec ou sans moteur. Mais comme souvent, il cherche à copier le faire, sans s’ouvrir sur l’être… Il a su créer des oiseaux gigantesques, mais pas seulement pour voir le monde, pour le croquer aussi. Aller puiser chez l’autre ce qu’il n’a pas chez lui, sans vergogne, sans remords.

Alors, levez les yeux et observez le ciel. Osez vous arrêter sur la majesté des ailes déployées d’êtres qui ne s’expriment quasiment que pour chanter. La douceur et l’élégance de leurs déplacements peuvent réjouir nos âmes égarées si nous savons encore nous émerveiller… Regardez comme ils s’appuient sur
la force du vent pour cheminer. Savent-ils où ils vont ? Certains, oui. Ils migrent, comme chaque année. D’autres non. Et cela a-t-il une importance ? N’est-ce pas un syndrome humain que de s’imaginer où nous allons ? A vouloir tout échafauder, tout contrôler, nous ne contrôlons plus rien.

C’est à ce moment précis que les oiseaux, les feuilles des arbres et le vent composent un joli chant qu’ils nous livrent cependant depuis longtemps, mais que nous n’écoutons pas forcément, happés par un quotidien affolé. Le voici…

« Lorsque nous sommes prêts, nous sortons de notre coquille pour découvrir le monde. Curieux, nous nous demandons ce que nous allons voir mais, l’enveloppe qui nous protège finit par nous étouffer par son étroitesse… Alors, nous déployons nos forces pour briser cet œuf à coups de bec minuscule… Puis nous tendons notre petite tête vers celles et ceux qui ont pris soin de nous maintenir au chaud. Et ils sont là pour nous accueillir. Ils nous abritent de leurs ailes. Ils prennent soin de nous jusqu’au jour de notre envol. Alors, c’est à nous d’être adultes, de vivre notre vie…

Nous savons rester seul, nous savons être ensemble, nous savons avancer, pas de chef nommé, juste un relai qui s’opère, en douceur.

Nous savons nous reposer. Nous savons prendre de la hauteur, de la distance. Nous savons revenir.
Parfois nos nids sont saccagés mais nous les reconstruisons, à notre rythme, dans un lieu qui nous sied…

Nous chantons et nous restons en silence aussi. Nos notes expriment parfois l’affolement et souvent la joie.

Chez nous, il y a des grands et des minuscules. Certains pillent le nid des voisins. D’autres éjectent les plus faibles. Et pourtant… nous sommes tous toujours là…

C’est le juste équilibre de notre nature, il n’est pas tout déséquilibré par une main de géant… ».

En ce dimanche matin, je propose cette réflexion intime : là où nous sommes, chacune et chacun, avec ce que nous faisons ou ne faisons pas, ne sommes-nous pas, parfois, cette main de géant ?

Anne Weyer

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