Elle voudrait qu’il entende ce qu’elle ne lui dit pas. Elle voudrait qu’il réponde à ce qu’elle ne formule pas. Elle aimerait qu’il devance ses demandes, qu’il comble ses désirs, en se montrant heureux, pas de grimace disgracieuse. Elle se montre exigeante, elle qui se pense tolérante ! Elle est dans l’illusion de la puissance de l’amour… comme s’il était magique et faisait de nous des médiums ! Transmission de pensées, pas besoin de parler !
Cette femme n’a pas appris à communiquer. Elle a grandi dans le pays des demandes implicites. Elle se contorsionnait pour deviner l’attente de sa mère, le souhait de son père. Être une fille parfaite, ne pas faire répéter, sous peine d’emportement. Tellement de malentendus dans la maison de l’enfance !
Elle ne sait pas prononcer ces trois mots pourtant simples : je te demande… Ça lui semble tranchant et un peu trop brutal. Parce qu’il y a eu confusion, interdiction du non ! Plutôt des injonctions déguisées par le ton. Et puis toute une kyrielle d’aigres compositions, l’introduction à de sacrées frictions entre ses deux parents !
Des phrases presque anodines porteuses d’accusation : « Pff, pas la peine que je te demande quoi que ce soit, tu n’es jamais d’accord », sans connaître l’origine de ces mots aigres doux traversant le salon. D’autres se voulaient dans la revendication, pire, la culpabilisation : »Si tu ne me sors pas, je vais devenir folle ! », elle qui sortait pourtant sans besoin de permission. Parfois plus indirects, des propos de plaignante : « Elle a de la chance Corinne, son mari a le temps de l’emmener faire les courses… ». Surgissaient parfois des anticipations du genre… »Ce n’est pas la peine que je te demande de me dire la vérité car je sais que tu ne me diras rien ! ». Avec facilité, les soirées viraient au cauchemar assuré ! Un rouage bien huilé. Ressasser tous ses manques, s’en plaindre le samedi soir, bien gâcher le week-end et puis accuser l’autre pour qu’il se sente coupable de ce qu’il ne capte pas.
Il est vrai que petite, cette enfant devait se taire. On lui a expliqué que demander est posture incorrecte, elle qui est assommée de questions, quand elle rentre le soir.
C’est comme le refuser ! On prend le risque de vexer, et parfois même de tuer ! Un petit mot de trois lettres peut faire un pistolet. Elle sait ça de l’enfance, de son éducation, de multiples démonstrations.
Aujourd’hui, elle est femme. Elle accumule le stress au fil de ses acceptations, faute de savoir poser des refus légitimes. Elle court tous azimuts et parfois elle explose. Elle va hurler un Non alors qu’elle veut dire Oui ! Juste par opposition, faire payer un gentil. Le ras le bol d’être soumise.
Il lui faudra reprendre la leçon dès le début. Commencer par se relier pour pouvoir s’écouter. Placer la relation, chacun de son côté. Et voir qu’un non prononcé ne l’est pas pour se venger, juste pour s’affirmer et aussi se respecter. Risquer d’être jugée, voire même rejetée et prendre soin de sa blessure. Et puis poser des demandes, accepter la réponse. Sortir de l’imaginaire, des croyances erronées. Arrêter de penser que l’autre doit deviner. Ne plus lui faire payer ce qu’elle ne sait pas dire. Ancrer que s’exprimer, c’est mettre à l’extérieur ce qui se niche à l’intérieur.
Ça, c’est s’économiser des soirées gâchées ! Mieux vaut bien s’amuser que de jouer les frustrés et de laisser monter l’aigreur jusqu’au niveau du coeur !

 

Anne Weyer

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